
Dialogue de sourd(e)s
février 22, 2009- Les muscles et la peau par dessus. Il n’y a pas à chercher très loin, te creuser le cœur, la tête, la vie. C’est inutile. Je ne suis que muscles, et la peau par dessus, je suis une enveloppe. Au fond tu vois, c’est pratique de faire celle qui ne ressent pas. Je passe et repasse mais ne m’arrête jamais.
- Le cœur est un muscle.
- Et c’est Décembre dans mon cœur. Tu vois, j’ai le mot pour tout, celui qui fait vaciller. C’est Décembre, mais il ne neige pas. Ca serait bien trop doux, l’effleurement. L’effleurement. Non, il gèle.
- Tu pleures.
- Je déteste le temps qui passe, tu sais. Tu vois, parce qu’il y a les souvenirs. De ceux qui coupent la respiration, qui laissent sans mot parce qu’il n’y a rien à y répondre. Des vicieux. La pointe sous la poitrine, c’est toi. Ou elle. Peut-être moi. Voilà, où ça nous mène, les dialogues intérieurs. L’an dernier encore, on se prenait automatiquement la main, il n’y avait pas de question à se poser. C’était nous deux & les rires en cascades. Aujourd’hui, je ne sais plus bien quoi en faire, de ces silences. J’en ai plein les bras, plein la gorge. Ils débordent de tout coté. Toi avec, tu t’échappes, tu en ris. Tu fais celui qui ne voit rien.
- Les choses changent, Nath.
- Et c’est bien ce qui retourne le ventre, de ne rien pouvoir y faire. Les choses changent. De ces phrases toute faites, ces phrases sans signification. Mais c’est moi. C’est moi. Tu me parle comme à une fille que tu connaîtras à peine, ta politesse, tes excuses. Mais serre-moi contre toi, détruis-moi. Dis-moi ce qui pèse. Frappe-moi si tu veux, tue-moi mais reviens. J’ai la gorge acide, j’étouffe et tu ne vois pas. Tais-toi. Parle-moi. Avant, on n’avait pas besoin de ces mots là, c’était naturel, ça glissait comme dans un rêve. Putain de rêve qui explose en morceaux, et j’aimerai te dire, que j’aurai voulu ne jamais te connaître, ce serait mentir.
- Ou pas.
- J’ai peur de l’après, de l’avant. J’ai peur de toi, de ce nous réduit en bouillie douteuse. Je t’aime encore, je te déteste. T’expliquer, ce serait parler au vent, aux murs. Ca n’a pas de sens.
- N’en cherche plus.
- Et ne me répète pas que les choses changent. Nous deux, ce n’était pas qu’une chose, c’était la première fois, le cœur qui éclate de trouver quelqu’un qui me regarde dans le blanc des yeux, qui me serre dans ses bras, qui se marre de mes conneries, c’était le cœur qui n’en peux plus, de rire, de vivre, de t’expliquer que jamais, jamais personne ne te remplacera. Tu es le premier, surement le dernier, tu es celui qui m’a tout appris. Je te hais autant que je t’aime. Peut-être, est-ce incompatible. Et je m’en fous. Je me fous, du reste, m’enfermer dans le vide reste la meilleure des façons d’oublier. Je ne veux pas oublier.
- Je te possède. Je danse sous ta peau. Tu n’oublieras pas.
- Et tu ne comprends pas. Je voudrais foutre en l’air tous les miroirs de la maison, les meubles, les souvenirs, l’immatériel. Jusqu’où est-ce que je devrais aller pour que tu ouvres enfin les yeux ? Tout a changé mais je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas. J’y croyais, à ces conneries de ça ne finira pas. Il n’y a donc pas que l’amour qui bousille un cœur et fait chialer la nuit. Et pour moi, est-ce que tu pleures aussi ? Est ce que tu te demandes si j’ai besoin de toi, là, maintenant ? On se croise comme deux inconnus. Tu es comme une épine sous le pied qu’on n’arrive pas à arracher. Tu brûles. Tu obsèdes. Tu me bousilles, à force de rester, à force de t’en aller. Je suis peut-être, trop possessive, accrochée, protectrice. Je t’aime juste peut-être un peu trop que ce que j’aurais du t’aimer. Un peu trop, que ce que tu m’aimes. Tu fais pencher la balance du mauvais côté, et je tomberai bientôt. Je me cogne dans du vide. La vérité, c’est que tu me manques.
- Arrête peut-être seulement de trembler.