
Seule au bord du ravin, j’te dis “on y va”.
février 22, 2009Je crois qu’au fond, ce qui me tuera, ce n’est ni le couteau ou la corde, ni la balle ou le train. Ce qui me tuera, c’est de continuer à avancer, les yeux grands ouverts.
Les baffles hurlants à des poussières de centimètres de chaque oreille, mais je n’entends rien. Peut-être seulement un vague chuchotement, un souffle lointain. Je pourrais m’étendre par terre, en flaques gluantes ou juste en me recroquevillant. C’est le même écran noir et blanc devant les paupières, comme des épingles fixées pour tenir les yeux ouverts, et qui les ferment quand elles se cassent la gueule. Au choix. Retrouver dans le bas du ventre quelque chose d’explosif, un bulldozer gigantesque, des dizaines de grandes tiges pétillantes, les étincelles comme celles qu’on mettait sur les gâteaux d’anniversaire quand on était gosses. Moi je les prenais dans les mains et j’avais toujours peur qu’elles m’explosent à la gueule. Ces étincelles fois mille dans tous les creux possible du corps, à m’étouffer quand tout remonte dans la gorge. Allez-y, prenez, tout ça, c’est à moi. Envie de bouffe, de musique à en faire imploser le crâne, d’alcool, de fumée et encore de bouffe, à ne plus savoir dans quel sens étendre les lèvres pour sourire, mais peu importe quand les larmes ont perdu le chemin à emprunter. Explose, fais péter tout ce qu’il reste des membres et des organes essentiels. Nourris-toi des spasmes qui font de ton corps un pantin animé. Les poignets craquent comme un bateau en pleine tempête, l’allumette suit à défaut du briquet, celui que je t’ai jeté à la figure parce que c’est la seule chose que j’avais dans mes poches. Tes états d’âme ne m’intéressent plus, je suis fatiguée de toute cette mascarade, cette mélasse informe que sont tes mots doux, tes caresses depuis la pulpe de tes doigts, et qui touche à peine la peau sans même en voir la couleur. Dégout, mépris, mais bouffe, arrache, sors quelque chose de censé pour une fois, quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un semblant, rien qu’une miette de violence. J’ai besoin de cet ouragan-là, besoin de tout m’arracher pour avoir un peu l’impression d’être vivante, avoir un peu l’impression de me remplir autrement qu’en bouffant comme une dingue. Névrosée, addiction, manque, besoin, drogue, pulsions, sucre, gras. Ma vie qui défile. Etalage répugnant de mes conneries adolescentes, et me voilà rassurée de passer pour une enfant martyr. Allez-y, prenez, tout ça, c’est à moi. Il est neuf heures du matin et j’en suis déjà à réfléchir. Mes clopes ont pris un gout trop fade et trop sec, les joues sont creusées par les sillons de ces pluies acides qui montent à l’intérieur de moi mais qui ne daignent plus sortir à présent. Game over, on remballe tout, le spectacle est terminé. A l’intérieur c’est le dépotoir. Mes veines, explosées. Mes organes, éparpillés. Le regard devient flou et la cadence cardiaque s’accélère. Les yeux sont ouverts, je le sais. Mais après tout, The Show must go on. Tant qu’il restera du Prozac dans la boite.